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1. Tu as d’abord écrit une trilogie inspirée de la vie d’Anne Stillman et une biographie de l’abbé Roland Leclerc. Récemment, tu as publié Lunes bleues, une œuvre de fiction. Pourquoi as-tu décidé d’écrire ce livre ?
Le désir d’écrire une fiction m’est venu pendant la rédaction des Carnets de Cora, troisième tome de la trilogie dédiée à Anne Stillman McCormick, publiée chez Libre Expression. L’histoire débute en 1877, soit deux ans avant la naissance d’Anne. Le contexte historique de même que tous les événements vérifiables ont été respectés, mais plusieurs vides ont dû être comblés, dans la vraisemblance, il va sans dire. J’ai pris tellement plaisir à imaginer ces inconnus que je me suis dit : « Quelle belle aventure ce serait que d’écrire une pure fiction! »
Ce troisième tome était encore sous presse lorsque j’ai présenté à mon éditrice, Monique H. Messier, une ébauche de ce que deviendrait Lunes bleues. Elle l’a soumise au comité éditorial de Libre Expression. On m’a offert de signer un contrat d’édition et j’ai accepté.
Au même moment, un représentant des Éditions Médiaspaul, par l’entremise du directeur des Communications du diocèse de Trois-Rivières, m’a demandé de rédiger la biographie de l’abbé Roland Leclerc. Comme j’étais très loin de l’Église et des curés, je n’avais pas l’intention d’accepter cette offre, d’autant que mon engagement contractuel avec Libre Expression me donnait une excellente raison de refuser. J’ai tout de même demandé une semaine de réflexion et, après plusieurs consultations, incluant chez des décideurs de Libre Expression, qui étaient prêts à reporter l’échéance de mon contrat, j’ai accepté de relever le défi. Je croyais m’investir un an dans ce projet et j’en ai mis trois, mais l’homme et les découvertes faites en cours de route valaient le détour.
Cependant, Sophie Richard, l’héroïne de Lunes bleues, s’est souvent manifestée au cours de ces trois années. À la blague, je dis souvent que pour me venger de tout ce temps consacré à la spiritualité de Roland Leclerc, je me suis amusée à imaginer la sensualité de Sophie Richard, à explorer son érotisme. Loin de moi l’idée que spiritualité et sensualité s’opposent!
2. Quelle a été ta source d’inspiration ?
Les gens capables de résilience. J’admire tellement ceux qui rebondissent face à l’épreuve!
3. Pourquoi as-tu choisi le titre « Lunes bleues » ?
Pour être bien honnête, j’ai accepté avec enthousiasme la suggestion de mon éditrice. Comme je l’explique dans ce roman, Sophie Richard se passionne pour l’astronomie. Les mois de notre calendrier grégorien varient de 28 à 31 jours, alors que le mois lunaire compte 28 jours. Forcément, il arrive un moment où on observe deux pleines lunes au cours d’un même mois, un phénomène tout de même assez rare. On a donné à la deuxième le nom de lune bleue.
La rencontre de Sophie et de Philippe et l’intensité de leur relation relèvent de la même rareté. En outre, chacun d’eux s’offre une deuxième chance. Voilà pour l’analogie.
4. En quelques mots, comment décris-tu ton héroïne Sophie ?
Sophie Richard est une battante, une carriériste, une femme d’affaires à la tête d’une entreprise d’organisation d’événements, qu’elle a fondée et développée à force de travail, de persévérance et d’ingéniosité. Faiblesse et sentimentalité n’ont aucune place dans sa vie. À la mi-trentaine, elle collectionne et évalue ses amants au même titre que ses succès professionnels. La performance, voilà ce qui lui importe, jusqu’au jour où son corps flanche. Un bien mauvais tour de destin. Une fois de plus, sa détermination se manifeste lorsqu’elle exige de son médecin un délai de deux semaines avant d’entreprendre tout traitement ou intervention. Elle s’enfuie sur la Côte d’Azur, la seule destination où elle s’était permis de s’évader quelques jours de temps à autre. Pour mieux s’y retrouver, Sophie quitte les endroits à la mode et découvre, dans un authentique petit village médiéval, qu’elle n’est pas que cérébrale. Une autre Sophie se manifeste, sensuelle et… sentimentale.
5. Sophie sort des sentiers battus et se retrouve à Saint-Martin de Castillon où elle rencontrera son homme. Que représente ce lieu pour toi?
J’ai visité des dizaines de villages en Provence à la recherche du lieu idéal pour que ma Sophie vive sa renaissance. Pourquoi la Provence? N’est-ce pas un merveilleux endroit pour se réapproprier ses sens? La cuisine et les vins… les odeurs… les couleurs… la lumière… la chaleur… J’ai éprouvé un véritable coup de foudre lorsque je suis entrée à Saint-Martin de Castillon. Ce petit village, tout en pierre, niché au sommet des monts de Vaucluse, à proximité du massif du Luberon, n’était même pas répertorié dans les guides touristiques. Ce site en dehors du temps ne compte qu’un seul gîte, un seul café-bistro.
J’y suis revenue deux ans plus tard et j’y ai vécu autant de temps que Sophie y vivra. C’est fou tout ce qui peut se passer en une semaine dans la vie de Sophie Richard!
6. Tu as enseigné de nombreuses années. Crois-tu que ton travail ait pu nourrir d'une quelconque manière ton écriture ?
Évidemment! Sans jamais trahir les confidences reçues, j’ai tout de même multiplié ma plage d’expériences par quelques milliers!
7. Tu as reçu de nombreux prix littéraires. Que représentent ces distinctions pour toi?
Des récompenses. Comme les cadeaux, elles ne sont pas nécessaires, mais je les accueille avec bonheur. Les prix du public, et j’ai été gâtée de ce côté, représentent à mes yeux des bulles d’amour! Je remercie la « sagesse des foules ».
8. Qui est ton premier lectorat avant publication ?
Avant de remettre un manuscrit à mon éditrice, je le soumets à un maximum de dix lecteurs. Six d’entre eux sont là depuis le début. Il s’agit de gens de gros bon sens n’ayant aucune condescendance à mon égard : mon amoureux, le plus sévère de tous, ma sœur-amie, un ogre de littérature, deux amis musiciens qui ont le mandat de vérifier le rythme, une prof de littérature au collégial et un ex-éditorialiste, également docteur en théologie, ce que j’ai appris bien plus tard, et qui s’est avéré une ressource inestimable avant la publication de Roland Leclerc, par delà l’image. À ce noyau s’ajoutent, au besoin, des spécialistes de contenu. À titre d’exemple, pour Anne Stillman - Le procès, une avocate et un journaliste ont été mis à contribution, pour Lunes Bleues, deux médecins : une généraliste et un neurologue.
9. Sur quoi travailles-tu en ce moment?
Présentement, je me consacre à la recherche et à la rédaction d’une trilogie dont le premier tome, si tout se passe comme prévu, sera publié chez Libre Expression au premier trimestre 2012. Le cadre de ce roman se situe fin du XIXe, début du XXe siècle, à moins de quarante minutes de Trois-Rivières. Action et émotion seront au rendez-vous!
10. Qu’est-ce qui s’est passé entre la publication de Lunes Bleues et l’écriture de ce nouveau roman ?
Pendant presque un an et demi, j’ai consacré mes temps libres à la rédaction de textes destinés à trois centres d’interprétation qui ouvriront officiellement leurs portes le 13 juillet 2010 au Parc des chutes de la Petite rivière Bostonnais, à l’entrée de La Tuque. Le premier traite des activités humaines qui ont marqué l’histoire de la rivière Saint-Maurice (ma belle rivière!) et le deuxième est dédié à Anne Stillman McCormick, cette philanthrope qui a choisi la Haute-Mauricie pour y « tuner » son âme pendant près de soixante ans, celle-là même qui m’a inspiré les mille cinq cent pages de la trilogie d’Anne Stillman. Des objets et des documents se rapportant à ses passions et à ses activités y seront aussi exposés.
On m’a également confié la rédaction des nouveaux panneaux thématiques d’un troisième centre d’interprétation, celui de Félix Leclerc, centre qui existe déjà depuis une dizaine d’années où photos et objets en lien avec Félix nous rappelle l’artiste et son époque. Saviez-vous que notre poète chanteur est né à La Tuque en 1914? Pieds nus dans l’aube, son premier roman, nous transporte d’ailleurs dans cette ville où il a vécu son enfance et le début de son adolescence.
11. Pour terminer, quel message voudrais-tu transmettre aux lecteurs de Lunes bleues?
Avec Lunes bleues, chères lectrices et chers lecteurs, je vous propose un voyage au cœur de l’émotion et de la sensualité. Sophie Richard s’offre un répit salutaire. Je souhaite qu’à la lecture de ce roman, il en soit de même pour vous!
12. D’où te vient l’idée d’écrire?
Depuis toujours, je rêvais d’écrire, tout en doutant de trouver un sujet suffisamment intéressant pour m’investir dans une aventure pleine d’inconnus et de risques. De fait, j’avais de bonnes raisons, crois-je, de reporter ce projet : la vie de couple, les enfants petits, l’enseignement. Tout devenait un obstacle. En réalité, j’avais peur de me lancer! J’ai mis trois conditions pour m’investir dans un projet d’écriture : trouver un sujet captivant, croyant ainsi me protéger du syndrome de la page blanche, que ce sujet m’amène à faire des recherches et, pourquoi pas, des voyages.
13. Comment as-tu découvert Anne Stillman McCormick?
Il y a plusieurs années, mon beau-père a acheté un camp de bois rond dans la forêt qui avait déjà appartenu à Anne Stillman McCormick (du nom de ses deux maris). Pendant plus de 50 ans, elle avait loué sous bail à la province de Québec un territoire de cinq cents milles carrés délimité au nord et à l’ouest par la rivière Vermillon, et par la rivière Wessonneau au sud. Elle y avait fait construire ou rénover des dizaines de camps. Une trentaine de guides et de gardiens surveillaient et entretenaient ces propriétés, en plus de guider les invités lors de leurs excursions de chasse ou de pêche.
Plusieurs des anciens qui séjournaient sur ce territoire parlaient d’elle avec émerveillement ou la décriaient. Ils ont piqué ma curiosité et, le 12 août 1992, j’ai interviewé l’un d’eux, le médecin attitré d’Anne Stillman McCormick lors de ses séjours au Canada, le docteur Louis-Alexandre Frenette. En préambule, il a vanté son originalité, sa générosité et son érudition. À sa deuxième phrase, le docteur m’a révélé d’un air mystérieux : « Il y a eu un procès... en 1922 ou en 1931, je ne sais plus… » Il m’a appris que James Alexander Stillman, premier mari d’Anne et président de la National City Bank, la plus importante institution financière en Amérique, a accusé sa femme d’infidélité avec Frédéric Beauvais, un jeune guide amérindien de Caughnawaga. L’époux d’Anne Stillman voulait également désavouer leur dernier-né, Guy, alors âgé de vingt mois, affirmant qu’il était le fils de Beauvais. Selon le docteur Frenette, ce procès avait fait la une partout dans le monde. Même s’il me semblait parfaitement lucide, j’ai bien cru qu’il fabulait. Pourquoi un divorce mobiliserait-il autant l’opinion publique?
14. Quel événement t’a convaincu de passer à l'action?
En septembre 1992, je me trouvais, au terme d’une réunion, à proximité de l’Université McGill, avec une heure à attendre. La bibliothèque de cette institution me sembla tout indiquée pour vérifier certaines des révélations du docteur. Là, on m’informa que le New York Times, seul quotidien américain ayant un index complet et ininterrompu depuis sa fondation, s’avérerait mon meilleur outil de recherche. Avec l’intention de prendre l’index de 1922, je saisis, par mégarde, le dernier des quatre volumes couvrant l’année 1921. En apercevant les centaines de rubriques au nom de James et d’Anne Stillman, j’ai su que je tenais un sujet capable de satisfaire le volet recherche de ce qui devint aussitôt « mon projet ».
Après quelques semaines à colliger opinions et documents, j’ai appréhendé l’ampleur de l’information à rassembler. Je me revois encore, entrer chez mon frère Jacques, lui présenter ma première caisse de documents et l’appeler à mon secours! « Comment vais-je faire pour ne pas me perdre? » Et je l’entends encore me répondre, le plus sérieusement du monde : « Ma sœur, tu dois d’abord établir une chronologie, même si ta biographie ne sera pas chronologique. Tu dois également créer trois fichiers où tu classeras les personnages, les lieux et les événements. » Il fallait associer à chacun de ces fichiers une référence en lien avec les rubriques de journaux, les sujets traités en entrevues ou dans les livres consultés, le tout préalablement codé. Ce simple, mais précieux conseil, m’a permis de naviguer non pas aisément, mais de façon ordonnée. Qui aurait pu se douter à ce moment-là que le fichier personnages contiendrait 680 rubriques, celui des lieux, 127, et les événements, 420? Au niveau de la recherche, j’étais comblée.








