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1. D’où te vient l’idée d’écrire?

Depuis toujours, je rêvais d’écrire, tout en doutant de trouver un sujet suffisamment intéressant pour m’investir dans une aventure pleine d’inconnus et de risques. De fait, j’avais de bonnes raisons, crois-je, de reporter ce projet : la vie de couple, les enfants petits, l’enseignement. Tout devenait un obstacle. En réalité, j’avais peur de me lancer! J’ai mis trois conditions pour m’investir dans un projet d’écriture : trouver un sujet captivant, croyant ainsi me protéger du syndrome de la page blanche, que ce sujet m’amène à faire des recherches et, pourquoi pas, des voyages.

2. Comment as-tu découvert Anne Stillman McCormick?

Il y a plusieurs années, mon beau-père a acheté un camp de bois rond dans la forêt qui avait déjà appartenu à Anne Stillman McCormick (du nom de ses deux maris). Pendant plus de 50 ans, elle avait loué sous bail à la province de Québec un territoire de cinq cents milles carrés délimité au nord et à l’ouest par la rivière Vermillon, et par la rivière Wessonneau au sud. Elle y avait fait construire ou rénover des dizaines de camps. Une trentaine de guides et de gardiens surveillaient et entretenaient ces propriétés, en plus de guider les invités lors de leurs excursions de chasse ou de pêche.

Plusieurs des anciens qui séjournaient sur ce territoire parlaient d’elle avec émerveillement ou la décriaient. Ils ont piqué ma curiosité et, le 12 août 1992, j’ai interviewé l’un d’eux, le médecin attitré d’Anne Stillman McCormick lors de ses séjours au Canada, le docteur Louis-Alexandre Frenette. En préambule, il a vanté son originalité, sa générosité et son érudition. À sa deuxième phrase, le docteur m’a révélé d’un air mystérieux : « Il y a eu un procès... en 1922 ou en 1931, je ne sais plus… » Il m’a appris que James Alexander Stillman, premier mari d’Anne et président de la National City Bank, la plus importante institution financière en Amérique, a accusé sa femme d’infidélité avec Frédéric Beauvais, un jeune guide amérindien de Caughnawaga. L’époux d’Anne Stillman voulait également désavouer leur dernier-né, Guy, alors âgé de vingt mois, affirmant qu’il était le fils de Beauvais. Selon le docteur Frenette, ce procès avait fait la une partout dans le monde. Même s’il me semblait parfaitement lucide, j’ai bien cru qu’il fabulait. Pourquoi un divorce mobiliserait-il autant l’opinion publique?

3. Quel événement t’a convaincu de passer à l'action?

En septembre 1992, je me trouvais, au terme d’une réunion, à proximité de l’Université McGill, avec une heure à attendre. La bibliothèque de cette institution me sembla tout indiquée pour vérifier certaines des révélations du docteur. Là, on m’informa que le New York Times, seul quotidien américain ayant un index complet et ininterrompu depuis sa fondation, s’avérerait mon meilleur outil de recherche. Avec l’intention de prendre l’index de 1922, je saisis, par mégarde, le dernier des quatre volumes couvrant l’année 1921. En apercevant les centaines de rubriques au nom de James et d’Anne Stillman, j’ai su que je tenais un sujet capable de satisfaire le volet recherche de ce qui devint aussitôt « mon projet ».

Après quelques semaines à colliger opinions et documents, j’ai appréhendé l’ampleur de l’information à rassembler. Je me revois encore, entrer chez mon frère Jacques, lui présenter ma première caisse de documents et l’appeler à mon secours! « Comment vais-je faire pour ne pas me perdre? » Et je l’entends encore me répondre, le plus sérieusement du monde : « Ma sœur, tu dois d’abord établir une chronologie, même si ta biographie ne sera pas chronologique. Tu dois également créer trois fichiers où tu classeras les personnages, les lieux et les événements. » Il fallait associer à chacun de ces fichiers une référence en lien avec les rubriques de journaux, les sujets traités en entrevues ou dans les livres consultés, le tout préalablement codé. Ce simple, mais précieux conseil, m’a permis de naviguer non pas aisément, mais de façon ordonnée. Qui aurait pu se douter à ce moment-là que le fichier personnages contiendrait 680 rubriques, celui des lieux, 127, et les événements, 420? Au niveau de la recherche, j’étais comblée.